Thibault Grouas, FDI: «Les internautes sont conscients des impacts du Web 2.0 sur la vie privée»
Par etoile, vendredi 8 juin 2007 à 09:18 :: General :: #33 :: rss
Le Web 2.0 et ses implications constituent le sujet récurrent de la grande consultation menée par le Forum des droits sur internet en partenariat avec ZDNet.fr, qui a recueilli 300 contributions d'internautes. Retour sur leurs attentes avec Thibault Grouas, chargé de mission au FDI. Le Forum des droits sur internet (FDI) publie les résultats d'une consultation menée entre le 15 février et le 1er avril auprès des internautes (*), afin de connaître leurs réflexions sur les sujets sensibles du Net: protection de la vie privée, gouvernance de l'internet, commerce électronique, enseignement, administration en ligne... Autant de thèmes traités via des forums qui, au total, ont reçu quelque 13.000 visiteurs uniques pour 100.000 pages vues. Satisfait, l'organisme pointe la qualité des contributions, qui lui permet de livrer, aujourd'hui, un état des lieux de leurs attentes comme de leurs déceptions. Thibault Grouas, chargé de mission au sein du FDI, analyse pour ZDNet.fr les principales conclusions de cette consultation. |
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Pourquoi le FDI a-t-il lancé une telle consultation? Le FDI a voulu sonder l'opinion des internautes et se rapprocher encore plus de leurs attentes. Nous avons mené une consultation sous la forme de forums de discussions pour recueillir tous les sujets qu'ils voulaient voir étudier par notre organisme. Nous avons recueilli au total 300 contributions, toutes d'un très bon niveau de qualité. En général, elles sont sourcées, bien orthographiées et très argumentées. Cela nous a permis d'avoir un éventail large des attentes et des besoins des internautes. Quel est l'élément qui vous a marqué dans cette consultation? Un phénomène prédomine effectivement: sur tous ces sujets, on voit que le Web 2.0 a des implications assez importantes. Les internautes se rendent compte que les fonctionnalités du Web 2.0 peuvent avoir de nouveaux impacts au niveau de la vie privée. Par exemple, des sites portails tels que Myspace permettent une surveillance très forte des utilisateurs et posent de nouvelles questions. Sur d'autres thèmes, les internautes se posaient la question de savoir si le Web 2.0 ne pouvait pas apporter une réponse en lui-même, comme pour la labellisation des sites. Ce sujet est la grande nouveauté, puisqu'il apparaît partout. Le Web 2.0 n'est pas un thème à part entière, mais un sujet récurrent qui, en fonction des thèmes abordés par les internautes revient, très régulièrement. Quelle est la position des internautes par rapport à la labellisation des sites? Il y a une forte attente de leur part sur deux sujets: d'une part, sur une labellisation des contenus pour enfants, pour indiquer qu'un site internet sera de confiance ou non, qu'un enfant pourra aller dessus avec la garantie qu'il n'y trouvera pas de contenus choquants. D'autre part, sur une labellisation des sites d'e-commerce. Il s'agit d'un gage de sécurité pour le consommateur, afin qu'il soit sûr qu'une plate-forme de vente ne va pas empocher l'argent du client et disparaître. En revanche, le débat s'est cristallisé sur la labellisation des sources d'information, et les internautes sont très divisés. Certains s'opposent à un tel système, pour deux raisons: d'abord des problèmes de coûts, car si on souhaite labelliser l'ensemble des informations sur internet, il y aurait d'énormes coûts humains et financiers. Ensuite, ils craignent des problèmes au niveau de la liberté d'expression. Et plutôt que labelliser, les participants ont constaté qu'il serait peut-être plus judicieux d'améliorer l'esprit critique des internautes, notamment des jeunes. Ils se rendent compte qu'internet n'est pas assez enseigné à l'école et, que finalement, le plus intéressant à faire, ce serait peut-être de donner aux jeunes internautes les clés pour s'en sortir sur le Net. Cela passe par développer l'esprit critique, apprendre quelles sont les sources que l'on peut reconnaître comme étant de qualité ou les contenus pour lesquels il faut faire plus attention. Donc les internautes proposent une solution alternative à la labellisation, qui passe par une amélioration de l'enseignement. Cela signifie-t-il qu'ils se montrent particulièrement critiques sur l'enseignement? Les participants ont constaté que les jeunes ont une bonne connaissance générale mais qu'ils ont beaucoup de mal à appréhender les aspects juridiques de l'internet. Ils développent une sorte de sentiment d'impunité lorsqu'ils sont sur internet. Les sanctions pénales sont moins graves que les sanctions qui seraient prévues par l'école, par exemple. Selon eux, sur ce point, on pourrait aussi avoir une meilleure éducation des jeunes. Un de nos sondages a démontré que la moitié des internautes se prononcent en faveur de la création d'un nouvel enseignement spécifique pour que l'internet soit une matière à part entière. Quelle est leur position sur le sujet épineux de la propriété intellectuelle? Nous avons eu des échanges intéressants sur ce thème: les internautes estiment qu'il est nécessaire de réformer en profondeur ce droit d'auteur, qui ne correspond plus au cadre des nouvelles technologies, et notamment aux échanges facilités par les réseaux de télécommunications. Il a été aussi question du droit d'auteur "copyleft", le droit d'auteur alternatif, où l'internaute peut réutiliser librement des oeuvres diffusées. Sur cet aspect-là, les internautes souhaiteraient une réforme en profondeur. Par ailleurs, selon eux, l'interopérabilité est absolument essentielle. Ils souhaiteraient que ce droit soit vraiment consacré. Ils ont relevé les avancées notables de la loi Dadvsi en ce sens. Mais ils estiment nécessaire d'aller encore plus loin, d'autant qu'ils émettent certains doutes par rapport à l'Autorité de régulation des mesures techniques et sa capacité à réellement défendre ce droit. Toutefois, par rapport aux DRM, les internautes sont assez clairvoyants: ils se rendent compte que ces DRM ne serviront plus à grand-chose, qu'ils sont de plus en plus abandonnés par les acteurs du marché, les labels, les boutiques de vente de musique en ligne. Et sur un des sondages que l'on a menés, ils soulignent que ces DRM sont, pour 86% des réponses, plutôt un frein à la vente de musique sur internet. Donc ils sont contents de voir que les DRM sont petit à petit abandonnés, mais ils regrettent qu'on ait passé beaucoup de temps dans le projet de loi Dadvsi à aborder ce sujet pour les consacrer, alors qu'aujourd'hui on les abandonne. Y a-t-il eu des thèmes qui n'ont pas suscité les débats attendus? Une des surprises de cette consultation est l'e-commerce. Nous l'avions placé comme un thème important et, finalement, il a essentiellement été consacré au jeu d'argent et au jeu de poker en ligne. Cela est dû à, d'une part, une actualité assez riche puisqu'il y a eu beaucoup de mouvements, notamment au niveau de la législation française, avec la loi sur la prévention de la délinquance, au niveau de la jurisprudence européenne, et aussi sur le terrain, avec l'interdiction d'un tournoi de poker à Deauville. D'autre part, il y a eu une mobilisation très forte de la communauté de joueurs, ce qui nous a plutôt surpris. Toutes les fédérations de poker ont relayé l'information sur la consultation et ont saisi cette opportunité pour exprimer quels étaient leurs problèmes et leurs difficultés. Ça a été le sujet le plus visité de la consultation. Au final sur ce thème, nous avons eu un mélange assez harmonieux de joueurs de jeux d'argent et d'autres internautes. Le débat a été assez argumenté des deux côtés, avec des échanges constructifs. Le premier constat qui en émane est que les joueurs de poker en ligne ont un problème de représentation, pour arriver à mieux faire passer leurs idées à travers du lobbying par exemple auprès du Parlement, pour avoir des réponses des pouvoirs publics. Leur principal problème est qu'ils ont l'impression de se heurter à un mur, qu'ils n'arrivent pas à se faire entendre et qu'il n'y a pas de débat. Ils sont aussi assez déçus du monopole du PMU sur les jeux en ligne, qui évolue assez peu et ils estiment que cela peut être préjudiciable au développement des jeux d'argent en ligne. Mais beaucoup d'internautes ont souligné les dangers de ces jeux, par rapport à ceux qui passent beaucoup de temps devant leur écran, isolés, en dépensant beaucoup d'argent. Et qui n'ont même pas le côté social, qui sont enfermés chez eux et qui ne se rendent pas compte de cet engrenage. Comment le FDI va-t-il utiliser toutes ces informations? Cette consultation orientera nos travaux futurs. Le FDI va notamment entamer une réflexion profonde sur le Web 2.0, pour déterminer les implications que peut avoir ce sujet. Mais tous les thèmes évoqués seront eux aussi des sujets de réflexion. Enfin cette consultation présente un aspect de conseil auprès des pouvoirs publics. Ils pourront l'utiliser s'ils souhaitent faire des réformes, parce que nous estimons que c'est une base utile de l'état des besoins des internautes sur les différents sujets qui peuvent les toucher. Source : fr.news.yahoo.com |

Le Web 2.0 et ses implications constituent le sujet récurrent de la grande consultation menée par le Forum des droits sur internet en partenariat avec ZDNet.fr, qui a recueilli 300 contributions d'internautes. Retour sur leurs attentes avec Thibault Grouas, chargé de mission au FDI. 
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